Projet

« Les Enfants du Monde » est l’une des oeuvres majeures de Rachid Khimoune.
Ces bronzes monumentaux d’enfants de tous les continents sont parés des racines modernes que sont les empreintes de sols urbains, de plaques d’égouts, de toutes les capitales où Rachid Khimoune a “rencontré ses enfants”.
Ils sont vingt et un tournés vers la grande prairie.
Vingt et un comme le XXIe siècle qui les a vus naître.
Vingt et un comme les vingt et une étapes qui sont à l’origine de leur création.

C’est en regardant sa fille et ses petits camarades former une farandole dans la cour de l’école maternelle que Rachid Khimoune a eu l’inspiration des Enfants du Monde. Nous sommes au début des années 1980. L’artiste va dans plusieurs grandes villes afin d’y prélever “la peau des rues”.
Comme il l’explique dans l’ouvrage qui lui est consacré, “tous les bitumes se ressemblent, pourtant les plaques d’égouts
et les grilles d’arbres se distinguent d’une ville à l’autre comme un tatouage sur la peau.” “Ces signes révèlent même l’identité de la ville… J’aurais moulé les mots : Eau – Assainissement – Gaz – Electricité dans toutes les langues du monde » dit-il aussi.

Une fois sur place, et après les inévitables tracasseries administratives qui deviendront des anecdotes et des récits de voyage, il moule à l’élastomère les éléments qu’il a relevé au gré des repérages. Dans la rue, l’opération ne manque pas de surprendre les passants, l’artiste se plait ainsi à théâtraliser cette étape du travail.
Liée à une sérieuse maîtrise des matériaux, la démarche artistique est riche et très singulière. En recherchant les traces originelles des peuples, Rachid Khimoune a parcouru les villes du monde, moulant des pavés, des plaques d’égout, des bitumes fracturés, ce qu’il nomme “ses extraterrestres” – parce qu’extraits du sol – pour ensuite habiller ses personnages, tel un “couturier”.

“Des enfants ont toujours été associés au processus de fabrication des moulages. Dans la rue, pour les repérages ou la pose de l’élastomère sur les plaques d’égout, ces premiers curieux n’ont jamais hésité à s’impliquer avec moi. Sans discours référentiel, ils comprennent spontanément que telle plaque deviendra ventre, que telle autre sera visage et que ces extraits du sol deviendront un personnage Enfant du Monde.”


Les 21 Enfants du Monde

sont à Paris (France), à Abu Dhabi (United Arab Emirates), à Shanghai (China) pour l’exposition Universelle de 2010.



Grâce à la générosité de prestigieux parrains, deux exemplaires de chaque sculpture sont réalisés.
L’un rejoint son pays d’origine, l’autre ses 20 camarades.
À ce jour, certains ont déjà rejoint leur ville respective à Monaco, au Mexique, à Andorre, en Italie, au Maroc, au Burkina Faso et en Chine.

Certains d’entre eux attendent encore de rejoindre leur ville natale, ensemble ou séparément…


Mécénat

Depuis toujours, l’art établit la mémoire de l’humanité. L’architecture, la sculpture, la peinture, la musique sont autant d’expressions du génie universel.
C’est grâce à de généreux dons à la fin du XIXème siècle, que August Bartholdi a pu créer la statue de la Liberté.
Ce n’est que plus tard que la France l’offrira aux États-Unis d’Amérique.
Aujourd’hui, cette sculpture symbolise la terre qui a accueilli des émigrants venus du monde entier.
Et c’est en ce sens que Rachid Khimoune souhaite installer « Ses Enfants du Monde » sur tous les continents, symbole de fraternité et de la tolérance grâce à la générosité de mécènes et sponsors.
Plus d’informations : contact@rachidkhimoune.com


Partie Technique

Temps de Productions : minimum 10 mois.
Les 21 sculptures sont livrées sur le contient.
Poids de chaque personnage : 150 Kg
Ils seront peints laqués et livrés sur leurs socles en bronze.
Il n’y a pas d’entretien particulier mis à part de vernir les pièces tous les 2 ans.


« La récupération d’objets expérimentée par Picasso devient avec Rachid Khimoune un geste qui transgresse un réel falot, auquel il redonne une âme. Archéologue du présent, il interroge la mémoire des choses banales, les désincarnent jusqu’à l’incongruité et réhabilite leur histoire en sublimant les résidus d’une civilisation en déshérence. Son attachement aux racines ranime les souvenirs enfouis et participe d’un détournement du sens pour dénoncer les dangers de notre époque sous l’emprise de la consommation et de l’abondance. Pour circonscrire le chaos planétaire, il n’y a pas de mode d’emploi, hormis l’ordre de la poésie. »

Lydia Harambourg



« Rachid Khimoune est un assembleur d’objets qu’il choisit, non pour leur fonction platement utilitaire, mais en « volume », dans leur dimension globale, plastique, symbolique, fantasmatique, allégorique et magique probablement. Comme le font les « primitifs » pratiquant des religions animistes, pour lesquelles les outils du quotidien ont une âme, et s’articulent ainsi avec tous les gestes d’une vie qui se déroule comme un continuel rituel magico-religieux .
L’animisme est aussi la spiritualité des cœurs purs et des poètes. « Objets inanimés, avez-vous donc une âme qui s’attache à notre âme et nous force d’aimer ? » écrivait Lamartine.
Il est le propre également de ces créateurs qu’on dit « singuliers », « bruts » ou « hors-normes », qui sont des récupérateurs d’objets utilitaires et qui les réinstallent dans un imaginaire totalement ouvert, les détournent de leur rôle premier, pour faire oublier leur raison d’être triviale, pour leur donner une autre signification, les emporter au ciel, les transcender, les magnifier, les remplir de sens, les sacraliser, et les combler d’une espèce de joie enfantine. Car oui, l’artiste, comme l’enfant, comme le « primitif » ont la même appréhension intuitive, synthétique ou syncrétique du monde, qui est de l’ordre de l’émerveillement permanent.
Cet « émerveillement éperdu pour une continuité analogique des formes de la vie », écrivait Pierre Restany au sujet de Rachid Khimoune, pour qui en effet, la prise de courant, le casque militaire, la poignée de porte, la plaque d’égout, la pince monseigneur etc., sont pris dans une continuité sans rupture de l’Être des choses, sinon vivant, en tout cas possédant une âme, et pouvant devenir ainsi métaphore poétique, propulseur d’imaginaire et vecteur d’une sorte de vérité partageable par tous.
« Voir ce que l’on ne voit plus, regarder autrement, dans la magie et le rêve » dit Rachid… Car c’est ainsi que l’artiste, l’enfant, l’innocent, ont, par une sorte de relation immédiate, sauvage, naturelle et libre à l’objet du quotidien, cette capacité à ré-enchanter ou subvertir le monde, à s’amuser, à donner de la beauté et de la joie de vivre. Ils ont cette aptitude au salutaire ressourcement, au retour aux valeurs originelles, permanentes et durables, dont nous avons en effet besoin en ces temps de zapping technologique effréné.
Les tortues, quant à elles, ont tout, par leur rondeur, leur lenteur, leur sagesse, pour posséder valeur métaphorique ou sacrée chez les primitifs et chez les artistes.
Et quand Rachid Khimoune utilise la similitude formelle de la tortue avec le casque militaire, le télescopage entre des symboles diamétralement opposés est alors fulgurant d’expression et de signification. 
Mais quand ces milliers de tortues « débarquent » sur une plage de Normandie ou sur la place centrale d’une ville, ce n’est pas seulement le symbole ou le message de paix qui est ainsi affirmé, c’est aussi, au delà de la métaphore, une mise en forme qui permet de voir cette « armée de la paix » comme un fait plastique d’une majestueuse et mystérieuse beauté. »

Pierre Souchaud



César m’a un jour confié que ce qui lui plaisait dans votre art, c’est l’aspect ludique, cet imaginaire s’appliquant à des objets sur lesquels nous ne nous serions pas retournés.

Michel Archimbaud


« Soumise à la tyrannie des modes et du marché, la sculpture s’est bien sûr coupée de ses bases, mais certains artistes continuent d’éprouver une vraie stimulation face au matériau de leur choix, sur lequel ils greffent leur tournure stylistique.
Il en est ainsi de Rachid Khimoune, dont la sculpture ne se borne pas un message social, ni à une posture formelle, car elle est trop attachée au poids du sentiment qui lui donne vie et sens.
Et ce sentiment imprègne le matériau particulier qui a ciblé en priorité, et auquel il accorde une attention extrême.
Il veille à la préservation du grain de ses textures, à ses accidents et à ses ruptures, à ses capacités d’extension et de condensation, et n’ignore pas qu’il représente sa mémoire et son histoire.
Aussi recherche t- il ses facultés d’incarnation, et par là même, son coefficient émotionnel.
Néanmoins, l’appropriation de sa substance fondatrice tient de la gageure, lorsqu’on apprend qu’il a élu comme pivot majeur de sa démarche, un des éléments les plus neutres du tissu urbain : la plaque d’égout, ou regard, en terme de voirie, dont il prélève l’empreinte  » in situ « ,pour habiller ses effigies emblématiques, en leur infusant une seconde vie, qui n’est finalement qu’une seule et même peau.
Archéologue de la société post – industrielle, il utilise le bitume érodé, la dalle ou la plaque, à la manière d’un tatouage, au cours des transferts métaphoriques qui tire de l’anonymat en les surexposant, les objets les plus humbles, auxquels personne ne porterait la vue, s’il ne les avait chemisés d’une étrange dimension politique.
Puisés avec une vigoureuse conviction sur l’asphalte des cités de la plupart des continents, ces détournements iconiques, à la limite presque fétichistes, nous proposent des voyages insolites à l’aune de la prédation sélective de l’artiste, impulsée par son imagination inquisitrice.
Guidé par un instant décapant, il débusquera graduellement les marques de son alphabet dans l’environnement urbain, les traces fonctionnelles de la voirie, les grilles, les pavés, les dalles et aussi, les commutateurs, les casques, les tortues, les insectes et autres protozoaires métalliques conçus avec des ferrailles récupérées et soudées, qu’il jalonnera des réminiscences de la culture kabyle, et des jambages de diverses calligraphies arabes.
L’ensemble de ces éléments, va dorénavant codifier son univers physique et mental, et se manifester à travers autant de transgressions totémiques, objectuelles ou animalières, qui ne permettent pas de l’inclure dans une catégorie esthétique déterminée, si ça n’est de relever que sa problématique convole avec l’esprit de son temps.
En somme Rachid rend l’art à ses devoirs premiers : donner du bonheur à l’œil et à l’esprit. En arrachant « des couches d’oubli au décor de nos « temps modernes « , il convoque d’autres perspectives sur notre existence journalière, sans spéculer sur le futur.
Pudique et pragmatique, inquiet et précautionneux, aventureux et comptable de ses errances, il est cet homme chaleureux et disert, inlassable passeur de récits entre la chronique intime et le ton du fabuliste. »

Gerard Xuriguera



« Rachid Khimoune a une façon particulière de s’intéresser à l’histoire de la ville. Il ne la considère ni à travers ses monuments ni à travers ses personnages illustres, mais à travers ses sols et les empreintes qui s’y incrustent.
Le bitume n’est pas aveugle, il n’est pas insensible aux passages. Il est percé d’une multitude d’yeux, il est habité des signes et des souvenirs qu’y laissent les pas des promeneurs, les doigts des hommes de peine, les divers objets vagabonds qui se baladent, s’agglutinent, se démembrent, font des petits – deviennent eux-mêmes bitume. L’asphalte est la mémoire de la ville, c’est sa fiche anthropométrique où sont consignées toutes les empreintes.
Le bitume est un livre ouvert.On peut y lire différentes histoires – histoires de labeurs ou de rencontres, d’inventions ou des saccages. Ainsi, à travers l’intérêt qu’il porte aux plaques d’égouts. Rachid Khimoune essaie de restituer des itinéraires de travail (. ..), puis de constituer avec les éléments et résidus de la voirie des figures qui nous regardent avec des yeux, des bouches, des nombrils interrogateurs ou moqueurs, enjôleurs ou morfondus.
Assemblés par Rachid Khimoune, les morceaux de plaque d’égout, et autres humbles résidus habitués à être piétinés, donnent des personnages imprévus, éclatants d’humour ou de révolte, d’espièglerie ou de désespoir. »

Tahar Djaout



« Heureux qui comme Rachid K a pu, par sa naissance, puiser à deux héritages : celui de son pays natal, la France, où depuis les origines gréco-romaines les artistes ont tenté d’arracher leurs secrets aux formes de la nature et des hommes pour égaler les dieux ; et l’héritage de ses ancêtres, habiles à tracer des lignes pures de la calligraphie arabe, et savants, dès le Moyen-âge, à fondre et transmuer les métaux les plus rares dans leurs creusets de terre.(…)
Tout ce qu’ont déposé les grandes ères géologiques, sable, pierres et minerais, toutes les scories de la civilisation industrielle, tuyauteries, poutrelles, pièces de machines, carburateurs, tout ce qui a fait de la structure ou le décor des villes, plaques de voiries, pavés, bitumes, grilles, s’agglomèrent à la résine plastique sous le fer à souder et la truelle d’un artiste du XXe siècle pour créer quelque chose de radicalement nouveau : formes pétrifiées, végétales, bêtes, humanoïdes, dont la présence massive vient s’inscrire dans notre présent.
Une inscription bien concrète, profonde comme une blessure, violente souvent, avec toujours, pourtant, comme inachèvement, une incertitude : les formes et les personnages de Rachid K semblent opérer une lente remontée des profondeurs, un long cheminement à travers d’épaisses couches d’oubli. C’est que le présent, notre présent, est lui-même le temps de toutes les questions. Celles qui remontent du passé, celles qui obscurcissent l’avenir.
Détourner notre quotidien, les éléments et le décor de nos temps modernes, ce n’est pas, pour Rachid K, s’arrêter à l’effet de surprise et de dérision, ou alors au pur effet plastique, qui seraient un constat de plus de l’échec et mat de l’art moderne. Même avec du ciment et des plaques d’égouts, on peut former une ronde « des enfants du monde » est rêver d’en installer de semblable en France ou en Chine : rêver, fait rêver d’avenir. Et d’espoir. »

Francois Maspero




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