Les Tortues de la Paix :

1 000 Tortues symbolisant les horreurs sans cesse réitérées de la guerre.

Les Tortues ont été réalisées dans les années 90 à partir de casques de soldats de différentes armées (USA, Russie, Allemagne, Angleterre…) et rendent hommage aux soldats de toutes les nations.

La tortue symbolise la sagesse et l’humanité, mais revient chaque printemps dans un cycle qui, malheureusement trouve un parallèle avec la récurrence des souffrances liées à la guerre.

Après chaque épisode de guerre, on entend dire « plus jamais ça » mais invariablement d’autres terrains de combats voient le jour partout dans le monde.

Rachid Khimoune veut ainsi souligner la résurgence des souffrances des peuples et le fait qu’aucune expérience vécue ne semble empêcher d’autres barbaries.


Happening

Plusieurs happenings ont eu lieu en France :

Paris – Trocadéro (08/05/2011)
Omaha Beach (05/06/2011)
Château de Fontainebleau (30/07/2011)
Lyon – place Louis Pradel (11/09/2013)


Partie technique

Tortue PVC Blanc
Hauteur 20 cm – Longueur 50 cm – Largeur 30 cm


Un entretien avec Rachid Khimoune par Pierre Souchaud

Pourquoi la tortue ?

La tortue en Asie porte le monde, en Afrique elle chasse les mauvais sorts et les mauvais génies et bien que symbolisant la sagesse, on la sacrifie dans des rituels pour les soi-disantes vertus bénéfiques de ses organes.
Et c’est pour cela, qu’un jour, alors que je me promenais au marché aux puces et que j’ai vu des casques militaires : allemand, français, américain, russe, ce fut tout de suite une révélation pour moi : je ferai de ces carapaces « mes horreurs de la guerre ». L‘idée du bien et du mal réunis comme la sculpture dans le moule en négatif et positif.

L’installation des milles tortues, Place Louis Pradel à Lyon, aura donc valeur symbolique…

Oui, car aucune contrée sur terre n’a été épargnée par la guerre, aucune expérience n’en cautionne une autre, et on a beau dire « plus jamais cela », chaque époque apporte son lot de misère et de violence à l’image du reptile qui hiberne et resurgit au printemps.
Et puis l’installation éphémère sur la place des Terreaux s’inscrit aussi dans l’histoire de la ville. En 1945, on y a fêté la Libération. Je ne peux ; en effet, m’empêcher de penser au film de Max Ophuls « Le chagrin et la pitié » qui traite de cette période de l’occupation : certains des témoignages sont bouleversants. L’Auvergne est la région concernée, mais je pense à Lyon ; Jean Moulin, Caluire, Klaus Barbie, la gestapo, des noms à jamais gravés dans la mémoire collective…

Le mot tortue ne joue-t-il pas avec torture ?

Oui, quand je redessine le mot tortue, j’y vois « tort, tue, torture… » et j’imagine la brutalité qui pouvait régner en ces lieux à l’époque.

Et puis la tortue n’était-elle pas un animal familier de votre enfance ?

Oui. Je suis né de parents berbères dans l’Aveyron, j’y ai grandi en pensant être un enfant comme un autre, lorsque la guerre d’Algérie nous a transformés en « extra- terrestre » dans ce rapport que nous avions d’appartenance au sol natal ; le regard des autres avait creusé le fossé… En 1958, la fermeture de la mine de charbon a contraint toute la famille à quitter Decazeville pour la banlieue parisienne. Ce passage d’un monde rural à un univers urbain, dans une période mouvementée, m’a profondément marqué. Je pense que l’on n’échappe pas à son histoire. Les visions, les odeurs, les sensations de l’enfance sont déterminantes pour nourrir le vocabulaire artistique. Je peux dire que je dois beaucoup à mes parents analphabètes de m’avoir permis sans contrainte de dessiner, peindre et sculpter.
Mon père était mineur le jour, briquetier la nuit, il m’arrivait gamin de l’accompagner à l’usine. J’en garde le souvenir de ces odeurs particulières que je retrouve dans les fonderies quand j’assiste à la naissance de mes pièces en bronze.
Ma mère était « marabout » guérisseuse et voyante, d’une manière singulière ; elle utilisait une technique dite « du plomb fondu ». Cela consistait à laisser fondre dans une louche, sur le feu, le métal. Quand le plomb arrivait à fusion, après quelques incantations, elle le plongeait dans une casserole d’eau froide, selon la forme de ses éclatements, elle faisait la lecture à son patient. Présent, j’observais les formes de l’objet que maman tournait dans tous les sens, elle décrivait des personnages, des paysages… Elle racontait… Moi, je ne voyais rien ! À l’époque !
J’aurai appris, à travers le dessin, la peinture, la sculpture : mon métier, disons, au sens artisanal du terme. 
Puis il faut quitter les sentiers battus pour prendre cette voie que guide l’intuition. Si je ne savais pas ce que j’allais faire, je savais néanmoins ce qui devait ne pas être fait.
Il faut laisser au temps le soin d’affiner son langage. 
Il y a un plaisir ludique à la création. Cette déconstruction du monde pour une reconstruction imaginaire avec les objets du quotidien, se nourrit d’histoires qui étaient enfouies dans la mémoire et qui resurgissent en télescopant la réalité.
Bien loin de l’orateur, du rhétoricien ou du docte théoricien, c’est à mon sens, la magie du conteur qui marque les esprits. Des gens intelligents et sensibles n’ont que faire d’un discours préalable, d’un laissé passer ou d’une serrure à ouvrir. 
Il faut entrer librement dans une œuvre, être comme un petit-enfant qui s’émerveille.